The Suns also revise

"Et là Kawhi Leonard me dit que nos maillots sont ridicules. Je lui réponds, attends de voir le prochain que les Spurs vont sortir, tu feras moins le malin!"

Ne tirez pas de conclusions de la présaison. Jamais. Sauf quand tous les signes présents confirment ce qu’on pouvait craindre depuis l’annonce de l’arrivée d’Eric Bledsoe sous la tunique orange, et voire peut-être même depuis la draft de l’ancien coéquipier de John Wall à Kentucky. Eric Bledsoe est un bon joueur, il a des qualités évidentes, mais sa place n’est définitivement pas celle d’un titulaire, et encore moins aux côtés d’un autre meneur.

Son unique année passée en NCAA avait tracé les prémices de ce que serait la carrière NBA du jeune Eric. Positionné dans le backcourt aux côtés de Wall, Bledsoe avait pu faire parler ses qualités athlétiques dans le jeu ultra-rapide du Kentucky de l’époque, profitant de la qualité du roster -trois futurs lottery picks- pour accumuler paniers faciles et shoots ouverts. Néanmoins, aucun GM n’avait estimé que Bledsoe méritait mieux qu’une draft en fin de premier tour, s’étant montré peu convaincant en tant que meneur, et trop effacé en tant qu’arrière.

Quel était alors l’avenir qu’on pouvait prêter au surathlétique Wildcat? Tout simplement celui d’un back-up solide derrière un meneur titulaire. Un rôle dont on n’aurait jamais dû le sortir, tout d’abord parce qu’il y excelle, mais surtout parce qu’il est trop limité pour prétendre à mieux. Trop d’observateurs et même de general managers se sont laissés aveugler par des performances qui, leur a-t-il semblé, appelaient à un plus grand destin que celui que Dame Draft lui avait prêté.

Car Eric Bledsoe a été bon. Très bon, même. Mais très bon dans le rôle de remplaçant qui lui était assigné. Tout comme un Darren Collison lors de sa saison rookie, Bledsoe a été si bon en tant que back-up qu’on a voulu voir en lui un titulaire refoulé. Mais si Collison a excellé en tant que remplaçant, il n’a jamais été de même lorsqu’il devint titulaire après son transfert vers Indianapolis. Collison, tout comme Bledsoe, est une référence en tant que meneur remplaçant, mais un joueur moyen en tant que meneur titulaire.

Il en va de même pour nombre de joueurs, très bons dans leur registre, mais qui devraient y être strictement cantonnés. Une équipe qui a Chris Andersen sur le banc a un bon banc. Une équipe qui a Chris Andersen titulaire est une équipe qui est faible. Et ne nous mentons pas, Phoenix cette année a une équipe faible. D’où le fait qu’un joueur comme Bledsoe puisse y trouver un spot de titulaire de façon indiscutable.

Mais penchons-nous de plus près sur sa cohabitation avec Goran Dragic. Bledsoe était initialement annoncé comme capable de jouer arrière, du fait de ses incroyables capacités athlétiques qui peuvent pallier son déficit de taille et d’expérience à ce poste. On l’attendait donc sur ce spot à Phoenix, mais dans les faits, c’est Dragic qui est contraint de se muer en shooting guard, et la raison est simple : il est bien meilleur à ce poste que le transfuge de Los Angeles. Malheureusement pour l’équipe, il est également meilleur que lui en tant que meneur.

Eric Bledsoe n’est pas un shooteur. Ses pourcentages longue distance ont pu flirter avec le très bon (38% en NCAA, 40% l’an dernier) comme avec le catastrophique (28% et 20% lors de ses deux premières saisons NBA) ce qui indique clairement que le faire évoluer arrière shooteur comporte une part d’aléatoire qui est bien trop grande pour qu’une équipe, fusse-ce les Suns, se permette de lui confier le poste. En revanche, Dragic, qui est lui un shooteur des plus précis, peut assurer des minutes de qualité sur ce spot.

Eric Bledose bat toute l'équipe au bras de fer. En même temps.

Eric Bledose bat toute l’équipe au bras de fer. En même temps.

On peut même se souvenir de la saison 2010 et du début de la saison 2011 où l’on pouvait fréquemment observer le Slovène aligné sur le parquet aux côtés de Steve Nash, et aligner à trois points quand son double MVP de mentor ressortait sur les ailes après un drive non concluant. Néanmoins, Goran a toujours souffert en défense face à des arrières, car bien qu’il soit plutôt grand pour un meneur (1m91) et surtout plus athlétique que sa couleur de peau ne le laisse supposer, il a toujours affiché un déficit physique face à ses adversaires. Déficit que Bledsoe est censé ne pas avoir.

Et à ce niveau là, on ne peut qu’être d’accord avec l’hypothèse sus-formulée. Bledsoe est en effet suffisamment tanké pour pouvoir défendre sur un arrière. Il est d’ailleurs l’un des tous meilleurs défenseurs sur le porteur en ce qui concerne les postes 1 et 2. En revanche, il a bien plus de mal à tenir un joueur qui évolue sans le ballon, caractéristique malheureusement plus commune aux arrières qu’aux meneurs. De ce fait, c’est une nouvelle fois Dragic qui fait les frais des lacunes de son compère du backcourt et sera contraint de défendre les arrières, Bledsoe se chargeant du porteur de balle comme il sait si bien le faire. En défense comme en attaque, le schéma est donc le suivant : meneur, Eric Bledose, et arrière, Goran Dragic

Dire que les postes ne sont que des indications sur la papier et ne reflètent pas la réalité du terrain est un postulat acceptable, mais nier que le positionnement et le rôle des deux guards arizonans va grandement influencer ce qu’ils sont en mesure d’apporter serait une erreur. Tout d’abord, le meneur de Phoenix -sur ce qu’on a vu de la présaison- devra remonter la balle et sera à la création tandis que l’arrière se contentera la plupart du temps d’attendre le ballon ou de se créer de l’espace pour un shoot, schéma somme toute assez classique. En partant de cette observation, il convient de rappeller, et c’est justement ce qui est inquiétant, que sur les 38 matches que Bledsoe a débuté chez les Clippers, il a perdu le ballon 4 fois ou plus à 18 reprises.

Dragic est un bien meilleur dribbleur, les améliorations qu’il a montré dans ce domaine la saison dernière et encore davantage durant l’Eurobasket le prouvent : sa protection de balle se rapproche de plus en plus de celle de Nash, en celà qu’elle lui permet de naviguer dans la peinture et de pouvoir en ressortir sans jamais stopper son dribble. Confier la mène à Bledsoe, c’est se priver des progrès évidents de Dragic au dribble, et c’est surtout du nivellement par le bas.

Nivellement par le bas, c’est la notion clé du repositionnement forcé de Dragic à l’arrière. Le niveau qu’il avait affiché en fin de saison dernière était clairement de calibre All-Star (18 points – 10 passes sur les 12 derniers matches) et celui auquel on l’a vu évoluer pendant l’Euro plus élevé encore, au point de lui valoir une place dans le meilleur cinq du tournoi. En somme, à l’heure actuelle, Dragic peut être considéré comme un des 5 meilleurs joueurs européens, et comme un All-Star en puissance -si les Suns gagnent des matches, of course.

Décaler un tel joueur sur un spot où il sera sous-utilisé, c’est du nivellement par le bas. Si un combo guard limité au niveau du shoot, aussi talentueux soit-il, arrivait à Brooklyn, Deron Williams conserverait son spot et la recrue filerait droit vers le banc. Vouloir d’Eric Bledsoe son meneur titulaire quand on a Goran Dragic, relève de la même situation. Tout juste l’effectif de Phoenix est-il trop faible sur le poste d’arrière pour se permettre de ne pas faire jouer l’ex-Clipper. Rien n’interdisait de drafter McLemore avec le 5e choix pour pallier à ce problème, mais on ne va pas réécrire le passé.

Eric Bledsoe est à présent un Phoenix Sun. Eric Bledsoe est un défenseur de niveau All-Defensive Team au poste 1. Eric Bledsoe apporte une dimension athlétique qui faisait cruellement défaut à l’équipe. Eric Bledsoe est jeune. Eric Bledose est un bon joueur. Vraiment. Eric Bledsoe a l’air d’être quelqu’un de sympathique. On pourrait continuer comme ça pendant des heures, Eric Bledose aide les grand-mères à traverser, Eric Bledsoe donne aux Restos du Coeur, mais dans le moment, Eric Bledsoe contraint l’équipe à sous-utiliser son meilleur joueur. Et rien que pour ça, Eric Bledsoe fait chier. Avoir des problèmes de riches tout en étant pauvre, et si c’était ça la révolution McDonough?

  • http://unlimitednba.blogspot.fr/ Dom

    Pas d’accord. Bledsoe ça fera du 15 5 5 au minimum avec 2 steals voire plus.
    La présaison ça ne sert à rien pour les bons joueurs, ils en gardent sous la semelle.
    En présaison les shooteurs sont pas encore réglés. Un Bledsoe qui attaque une défense qui doit s’écarter pour respecter les shooteurs (plein de 4 stretch aux suns), c’est danger imminent.
    Il va faire des stats, Dragic aussi. Bledsoe sera énorme sur jeu rapide.

    Le but de cette saison, de toutes façons, c’est le tanking avec deux probables top picks, non?

  • Lucas

    Je suis conscient de ce que Bledsoe est capable d’apporter, notamment dans la perspective défense pour du run’n'gun musclé, mais c’était loin d’être le joueur dont Phoenix avait besoin. Le seul poste où les Suns étaient bien pourvus, c’est à la mène, et là Dragic va être sous-utilisé toute la saison, ce qui va brider sa progression.

    Cette saison sert surtout à poser les bases de ce que doit être l’équipe des prochaines années, et donc les bases de ce run’n'gun athlétique, qui tranche avec l’an dernier et pour lequel Bledsoe a été recruté. C’est justifiable, c’est justifié, mais ça veut dire qu’on met Dragic aux oubliettes alors que Bledsoe ne lui arrive pas à la cheville. Et ça par contre ça m’emmerde au plus haut point, parce que se baser sur Bledsoe et non sur Dragic c’est une erreur.

    Mais comme tu l’as dit, l’avenir passe surtout par la draft, sinon Phoenix aurait drafté un joueur bien plus NBA ready qu’Alex Len. Wait and see. Pendant trois ans.